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Vendre à l'étranger : ce que ça change pour un artisan créateur

Vendre à l'étranger quand on est artisan créateur : le seuil TVA de 10 000 euros, les formalités douanières et le coût réel d'une commande lointaine.

Par Équipe Geko 10 min de lecture
Personne emballant un carton posé sur une table de travail

Il y a une commande qui fait toujours le même effet. Celle qui arrive d’ailleurs. Un prénom qu’on ne sait pas prononcer, une adresse en Belgique, en Allemagne, parfois au Canada, et cette petite fierté idiote de se dire que le travail sorti de votre atelier va traverser une frontière. Puis vient la deuxième sensation, moins agréable : le formulaire douanier qu’on ne comprend pas, le tarif d’expédition qui coûte presque le prix de la pièce, et cette question qui traîne au fond de la tête pendant des mois. Est-ce que je suis en règle ?

Vendre à l’étranger quand on est artisan créateur change deux choses : les formalités d’expédition et le lieu où la TVA est due. Dans l’Union européenne, aucune déclaration douanière, mais un seuil de 10 000 euros de ventes à distance qui bascule la TVA vers le pays du client. Hors UE, une déclaration en douane obligatoire à chaque envoi.

Le reste, c’est de l’arithmétique de marge. Et c’est souvent là que ça coince plus que dans la paperasse.

Pourquoi il faut arrêter de parler de « l’étranger » en bloc

Le mot piège, c’est « international ». Il regroupe deux réalités qui n’ont presque rien en commun pour votre atelier.

Un colis qui part vers l’Espagne ou l’Irlande circule à l’intérieur d’un marché unique. Pas de contrôle à la frontière, pas de formulaire, pas de droits de douane pour votre cliente. Vous emballez comme pour Lyon, vous affranchissez plus cher, et c’est tout. En revanche, la question fiscale existe et elle se réveille à partir d’un certain volume.

Un colis qui part vers le Royaume-Uni, la Suisse, les États-Unis ou l’outre-mer sort du territoire douanier de l’Union. Là, une déclaration accompagne obligatoirement l’envoi, et votre cliente peut se voir réclamer des taxes à la livraison. La fiscalité est simple pour vous, mais la logistique devient un métier.

Confondre les deux, c’est se compliquer la vie sur les envois européens et se faire piéger sur les envois lointains. Dans les faits, la plupart des créatrices commencent par l’Europe, souvent sans s’en rendre compte, et découvrent la question fiscale bien après.

Le seuil de 10 000 euros que la franchise française ne couvre pas

Voici le point que presque personne n’explique aux créatrices, et c’est le plus important de cet article.

Depuis le 1er juillet 2021, les ventes à distance de biens vers des particuliers d’un autre État membre sont en principe imposables dans l’État de consommation, c’est-à-dire chez votre cliente, comme le rappelle impots.gouv.fr. Pour épargner les toutes petites structures, un seuil unique de 10 000 euros hors taxes par an a été instauré : en dessous de ce cumul de ventes à distance vers l’ensemble de l’Union, la TVA reste due dans le pays où vous êtes établie, donc en France.

Traduction concrète : tant que vos ventes à distance vers l’UE, toutes destinations confondues, restent sous 10 000 euros dans l’année, votre franchise en base française continue de produire son effet habituel et vous facturez comme d’habitude. Si vous voulez revoir les seuils français, le fonctionnement de la franchise en base est détaillé dans un autre article.

Au-delà, la logique change. La TVA devient exigible dans le pays de destination, au taux local. Être en franchise en base en France ne vous dispense pas de cette règle européenne, parce que la franchise française est un régime national et non un passeport fiscal. C’est exactement là que des créatrices se retrouvent en retard sans l’avoir cherché : elles n’ont jamais facturé de TVA de leur vie, elles ne s’imaginent pas concernées, et le cumul de leurs ventes vers la Belgique, l’Allemagne et l’Italie a franchi la barre sans qu’aucun signal ne s’allume.

Le seuil se calcule sur le cumul de l’Union entière, pas pays par pays. Trois marchés à 4 000 euros chacun, et vous y êtes.

La franchise en base européenne, ouverte depuis 2025

Bonne nouvelle : dépasser 10 000 euros ne vous condamne pas mécaniquement à collecter de la TVA partout.

La directive 2020/285 et le règlement d’exécution 2021/2007 ont créé un mécanisme européen de franchise en base pour les PME, entré en vigueur le 1er janvier 2025 et présenté sur la page dédiée d’impots.gouv.fr. Il permet à une entreprise française de bénéficier de la franchise dans un autre État membre, comme si elle y était établie.

Les conditions sont précises. Il faut être établie en France métropolitaine, exercer une activité éligible dans le pays visé, réaliser un chiffre d’affaires annuel dans l’Union inférieur ou égal à 100 000 euros en année N et N-1, rester sous le seuil de franchise applicable dans le pays d’exemption, et ne pas être inscrite au guichet unique sous les régimes OSS non-UE ou IOSS. La demande se fait depuis l’espace professionnel puis sur la plateforme de démarche numérique, et l’administration du pays concerné attribue un numéro d’exemption.

La contrepartie tient en deux obligations. Un rapport trimestriel détaillant le chiffre d’affaires réalisé dans chaque État membre, à déposer le mois suivant la fin du trimestre. Et une déclaration de dépassement dans les quinze jours si vous franchissez les 100 000 euros de chiffre d’affaires dans l’Union en cours d’année, conformément au IV de l’article 293 B ter du code général des impôts.

Autrement dit, vous échangez de la TVA contre de la déclaration. Pour un atelier qui vend surtout en France avec un filet régulier de commandes européennes, l’échange est souvent avantageux. Pour celui qui n’a que quelques commandes par an à l’étranger, il ajoute une routine administrative dont il se passerait volontiers.

OSS ou franchise européenne : comment trancher

Trois chemins existent au-delà du seuil, et ils ne se valent pas selon votre situation.

SituationLe cheminCe que ça implique
Ventes UE sous 10 000 € par anRien à faireTVA due en France, franchise française applicable
Ventes UE au-dessus de 10 000 €, activité modeste dans l’UnionFranchise en base européenneNuméro d’exemption par pays, rapport trimestriel, pas de TVA collectée
Ventes UE importantes ou plusieurs marchés actifsGuichet unique OSSTVA collectée au taux local, une seule déclaration pour toute l’UE

Le guichet unique évite d’avoir à s’immatriculer auprès de chaque administration fiscale nationale : la TVA due dans tous les pays de consommation se déclare et se paie auprès d’un seul État membre. C’est un vrai confort quand on collecte, mais l’inscription à l’OSS et la franchise européenne ne se cumulent pas librement, la seconde exigeant de ne pas être inscrite sous certains régimes du guichet unique. Le choix se fait donc en amont, pas au coup par coup.

Un point d’honnêteté ici : dès que votre activité devient mixte, que vous vendez à des professionnels à l’étranger ou que vous approchez d’un seuil en cours d’année, cette matière dépasse ce qu’un article de blog peut trancher. C’est le moment d’en parler à un expert-comptable, une heure de consultation coûte moins cher qu’une régularisation.

Hors UE : la déclaration douanière engage votre responsabilité

Pour tout envoi qui sort de l’Union, une déclaration en douane accompagne le colis, quelle que soit sa valeur, y compris pour un cadeau ou un échantillon. Depuis 2021, elle se remplit en ligne avant l’expédition, comme le détaille le blog Les Petits Pois sont Bleus, une référence chez les créatrices sur ce sujet précis.

Trois éléments méritent votre attention. Le code du système harmonisé, qui classe votre marchandise et détermine les taxes à l’arrivée, se cherche sur le portail douanier européen. La description doit être détaillée et rédigée en anglais : « one handmade ceramic mug, stoneware » et non « gift ». Et la valeur déclarée ne peut jamais être zéro, même pour un envoi offert.

Le numéro EORI, identifiant communautaire délivré par la douane, devient nécessaire dès que la valeur des marchandises dépasse 1 000 euros. Il se demande en ligne et se construit à partir de votre SIRET.

Un dernier réflexe, souvent oublié : ce sont vos clientes qui règlent les droits et taxes à la livraison. Si vos conditions générales de vente ne le disent pas noir sur blanc, vous vous exposez à un litige avec quelqu’un qui découvre une facture surprise en récupérant son colis.

Le vrai coût d’une vente à l’étranger

La paperasse se règle une fois. La marge, elle, se rejoue à chaque envoi.

Une commande internationale coûte plus cher qu’une commande française sur trois postes. L’affranchissement, évidemment, qui peut doubler ou tripler selon la destination et le poids. Le temps, qui est le poste que personne ne compte : quinze minutes de déclaration douanière et de recherche de code SH sur un colis à 45 euros, ce n’est pas neutre quand on facture son heure. Et le risque, parce qu’un colis perdu, bloqué ou retourné à l’international se règle rarement en une conversation.

Le réflexe utile consiste à traiter l’export comme un canal de vente à part entière, avec sa propre marge. Un panier moyen français rentable peut devenir un panier international déficitaire une fois le temps de traitement inclus. La méthode de calcul de la marge reste la même, seuls les postes changent, et la manière de fixer des frais de port qui ne mangent pas la marge mérite d’être rejouée destination par destination.

Beaucoup de créatrices en tirent une conclusion saine : ouvrir l’expédition à l’Europe, où les formalités sont nulles, et réserver le hors UE aux pièces d’un certain montant ou aux commandes groupées. Ce n’est pas un renoncement, c’est un arbitrage.

Ce qu’il faut suivre dans ses chiffres

Le seuil européen ne se surveille pas de mémoire. Il faut pouvoir répondre, à tout moment de l’année, à une question simple : combien ai-je vendu à des particuliers de l’Union depuis le 1er janvier ?

Cela suppose que le pays de destination soit une donnée exploitable dans votre suivi de ventes, pas une information enfouie dans des adresses de livraison qu’il faudrait éplucher à la main en décembre. Le même besoin vaut pour la marge par destination et pour le poids des frais d’expédition dans votre chiffre d’affaires. C’est exactement ce que le suivi des ventes et de la rentabilité dans Geko permet de garder sous les yeux sans reconstruire un tableur chaque trimestre.

Sur la facture, une mention claire du régime appliqué vous évitera d’avoir à reconstituer votre raisonnement deux ans plus tard. Les mentions obligatoires d’une facture d’artisan créateur restent la base, l’international n’ajoute qu’une précision sur la TVA.

Mon verdict pour un artisan créateur qui hésite

Vendre à l’étranger n’est pas compliqué. C’est mal balisé, ce qui n’est pas la même chose.

Si vos ventes européennes restent sous 10 000 euros par an, ouvrez l’expédition à l’Union sans état d’âme : vous n’avez rien de plus à faire qu’un affranchissement plus cher. Si vous approchez du seuil, décidez avant de le franchir, pas après, et comparez sérieusement la franchise européenne au guichet unique en fonction du nombre de marchés que vous travaillez vraiment.

Pour le hors UE, la vraie question n’est pas administrative mais économique. Un envoi lointain vous prend du temps et vous expose. Il mérite d’être ouvert quand le panier le justifie, pas par principe.

Et dans tous les cas, suivez votre chiffre d’affaires par destination. C’est le seul indicateur qui vous préviendra avant que la règle ne vous rattrape.

Questions fréquentes

Faut-il un numéro de TVA intracommunautaire pour vendre à des particuliers de l’UE ?

Non, pas pour vendre à des particuliers en restant sous le seuil de 10 000 euros. Le numéro de TVA intracommunautaire devient nécessaire dans d’autres cas, notamment les échanges avec des professionnels européens ou certaines prestations. Une micro-entreprise en franchise peut en demander un sans perdre sa franchise.

Le seuil de 10 000 euros se compte-t-il par pays ou pour toute l’Union ?

Pour toute l’Union. Il s’agit du cumul annuel hors taxes de vos ventes à distance vers l’ensemble des États membres. Répartir ses ventes sur plusieurs pays ne repousse donc pas le seuil.

Ma cliente hors UE va-t-elle payer des taxes en recevant sa commande ?

Le plus souvent oui. Les droits et taxes sont perçus à l’entrée dans le pays de destination et réclamés au destinataire, parfois accompagnés de frais de dossier facturés par le transporteur. Prévenez-en vos clientes dans vos conditions générales de vente et dans la confirmation de commande.

Une vente sur une marketplace suit-elle les mêmes règles ?

Pas toujours. Certaines plateformes collectent elles-mêmes la taxe de vente pour le compte de leurs vendeurs sur certaines destinations, ce qui change ce que vous devez déclarer et ce qu’il faut mentionner sur les documents douaniers. Vérifiez le fonctionnement propre à chaque plateforme avant de généraliser.

Faut-il conserver une preuve de ses exportations ?

Oui. Un exemplaire de la déclaration en douane sert de justificatif d’exportation en cas de contrôle et se conserve plusieurs années. Rangez-le avec la facture correspondante, pas dans un dossier séparé que vous ne retrouverez pas.

Photo : Bench Accounting sur Unsplash

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