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Impayés artisan créateur : que faire quand un client ne paie pas

Chez une créatrice fait-main, les impayés se logent dans le gros, le dépôt-vente et le sur-mesure. Comment les éviter et se faire payer.

Par Équipe Geko 9 min de lecture
Personne qui écrit un courrier de relance à son bureau, entourée de papiers

Une boutique t’a pris quarante pièces en dépôt avant Noël. En mars, la moitié est vendue, tu le vois sur ton compte Instagram où tes clientes taguent la boutique. Sauf que l’argent, lui, n’est jamais arrivé sur ton compte. Tu n’oses pas relancer, tu as peur de perdre le point de vente, et pendant ce temps ta trésorerie encaisse le coût des matières que tu as déjà avancées. Ce scénario n’a rien à voir avec le plombier qui court après un chantier impayé, et c’est justement le problème : les guides sur les impayés ne parlent jamais de ton cas.

En bref : une créatrice fait-main a rarement des factures impayées au sens classique, parce que la vente au détail est presque toujours payée d’avance. Les impayés se concentrent sur trois zones : la vente en gros à des boutiques, le dépôt-vente et le sur-mesure. La réponse tient en trois temps : sécuriser en amont (acompte, paiement à la commande, CGV), relancer vite et par écrit, puis passer à la mise en demeure et à l’injonction de payer si besoin.

Pourquoi une créatrice fait-main a rarement des impayés “classiques”

Quand tu vends sur ton site, sur un marché ou sur Etsy, la cliente paie avant de repartir avec l’objet. Pas de délai, pas de crédit, donc pas d’impayé possible. C’est une différence de fond avec les métiers de service ou du bâtiment, qui facturent après avoir livré et attendent trente ou soixante jours leur règlement.

Ton risque, lui, apparaît uniquement quand tu acceptes d’être payée après. Cela n’arrive que dans quelques situations précises, presque toujours professionnelles ou personnalisées. Repérer ces situations, c’est déjà régler la moitié du problème, parce que tu peux les encadrer une par une au lieu de subir.

Où l’argent ne rentre pas vraiment ?

Trois canaux concentrent la quasi-totalité des impayés d’un atelier fait-main : la vente en gros à un revendeur, le dépôt-vente en boutique, et la commande sur-mesure. Le point commun, c’est le décalage entre le moment où tu produis (donc où tu dépenses) et le moment où tu es payée. Plus ce décalage est long, plus le risque grimpe.

Les trois situations où un client ne te paie pas

Chaque canal a sa propre mécanique de risque, et donc sa propre parade. Un impayé de gros n’a pas la même cause qu’un dépôt-vente qui traîne, et l’un se règle par une facture, l’autre par un contrat. Voici comment les distinguer.

SituationCe qui coinceLa parade la plus efficace
Vente en gros à une boutiqueLe revendeur paie à réception ou à 30 jours et laisse filerPaiement à la commande ou acompte, délai écrit sur la facture
Dépôt-venteLa boutique a vendu mais ne te reverse pasContrat avec échéancier de reversement et relevé régulier
Commande sur-mesureLe client se rétracte ou ne paie pas le soldeAcompte encaissé avant de lancer la production

Cette grille change ta façon de réagir. Face à un revendeur, tu es sur le terrain de la facture entre professionnels, avec des pénalités légales à la clé. Face à une boutique en dépôt-vente, tu es sur le terrain du contrat de dépôt : les pièces restent ta propriété jusqu’à la vente, ce qui te donne un levier différent.

Ce que dit la loi sur les retards de paiement (et pour qui)

Entre professionnels, le délai de paiement par défaut est de 30 jours après réception de la marchandise, et il ne peut jamais dépasser 60 jours nets à compter de l’émission de la facture, ou 45 jours fin de mois si c’est écrit au contrat, d’après l’article L441-10 du Code de commerce. Dès le lendemain de l’échéance, des pénalités de retard sont dues sans qu’aucun rappel soit nécessaire.

À défaut de taux prévu dans tes conditions de vente, ces pénalités correspondent au taux directeur de la Banque centrale européenne majoré de 10 points, selon la fiche pratique de la DGCCRF. S’ajoute une indemnité forfaitaire de 40 euros pour frais de recouvrement, fixée par l’article D441-5, due dès le premier jour de retard. Ces mentions doivent figurer sur ta facture et dans tes CGV, sinon tu ne peux pas les réclamer.

Peux-tu réclamer des pénalités à un particulier ?

Non, pas automatiquement. Tout ce régime de délais et de pénalités s’applique entre professionnels. Face à une cliente particulière, aucun délai légal ne s’impose : c’est ton devis ou ton contrat qui fait foi. D’où l’importance, pour une commande sur-mesure à un particulier, d’écrire noir sur blanc la date de règlement et les conditions dans ton devis signé, avant de commencer. C’est ton seul filet.

Comment relancer sans te griller

La relance amiable marche dans la grande majorité des cas, à condition d’être rapide. Envoie ton premier rappel dès le lendemain de l’échéance, pas trois semaines plus tard. Un message court et neutre suffit : le numéro de facture, le montant, la date d’échéance dépassée, et une question ouverte du type “peux-tu me confirmer que le virement est parti ?”. Beaucoup de retards ne sont que des oublis de bonne foi.

Si le rappel reste sans réponse, enchaîne avec un appel, puis un mail qui laisse une trace écrite. Le téléphone débloque souvent plus vite qu’un énième email, mais l’écrit te protège. Garde tout : c’est ce qui fera la différence si tu dois monter d’un cran. Une créatrice qui suit ses encaissements de près se fait payer plus vite, tout simplement parce que le client sent que tu regardes.

Quand envoyer une relance écrite ?

Dès que le premier rappel amiable n’a rien donné, en général autour de J+8 à J+15. Cette relance ferme rappelle le montant, fixe un nouveau délai court (8 à 15 jours) et mentionne les pénalités applicables si le client est un professionnel. C’est encore courtois, mais le ton change : tu rappelles que le retard a un coût.

Passer au recouvrement : mise en demeure et injonction de payer

Si les relances échouent, la mise en demeure formalise ta demande. C’est une lettre recommandée avec accusé de réception qui résume l’historique de la créance, exige le paiement sous un délai précis, et prévient que tu engageras une procédure sans règlement. Elle n’est pas obligatoire dans tous les cas, mais elle prouve ta bonne foi devant un juge et suffit souvent à déclencher le paiement.

Sans effet, tu peux demander une injonction de payer. Pour une créance commerciale, quel qu’en soit le montant, la demande se dépose auprès du président du tribunal de commerce, comme l’explique service-public.fr. Tu joins tes justificatifs (devis signé, facture, relances, mise en demeure), le juge statue sans audience, et l’ordonnance obtenue doit être signifiée au débiteur dans les six mois. Les frais de dépôt sont modestes et l’avocat n’est pas obligatoire pour les petits montants.

Le dépôt-vente : ce n’est pas un impayé, c’est un contrat mal ficelé

Quand une boutique a vendu tes pièces sans te reverser l’argent, tu n’es pas dans une facture impayée mais dans un contrat de dépôt qui dérape. La nuance compte, parce que tes créations te restent juridiquement jusqu’à leur vente. Tu peux donc, contrat en main, réclamer soit le reversement des pièces vendues, soit la restitution de celles qui restent en rayon.

Le vrai remède est en amont. Un contrat de dépôt-vente clair fixe un échéancier de reversement (par exemple le 5 de chaque mois pour les ventes du mois précédent) et un relevé que la boutique t’envoie. Sans ce cadre, tu navigues à l’aveugle et tu découvres les ventes sur les réseaux sociaux. Pour le détail du fonctionnement et de la commission, regarde notre article sur le dépôt-vente pour artisan créateur.

Le sur-mesure : l’acompte est ta meilleure assurance

Sur une commande personnalisée, ton risque n’est pas seulement de ne pas être payée à la livraison, c’est aussi que le client se désiste une fois la production lancée. L’acompte règle les deux. Encaissé avant de commencer, il t’assure une rentrée de trésorerie et il engage le client, qui a bien plus de mal à disparaître après avoir versé de l’argent.

Attention à un point que beaucoup ignorent : acompte et arrhes ne se valent pas juridiquement. Selon la fiche acompte, arrhes, avoir de la DGCCRF, l’acompte est un engagement ferme des deux parties, tandis que les arrhes autorisent le client à se désister en les perdant, et te forcent à rembourser le double si c’est toi qui renonces (article 1590 du Code civil). En l’absence de précision, une somme versée d’avance est considérée comme des arrhes. Écris donc “acompte” dans ton devis si tu veux un vrai engagement. Notre guide sur les commandes sur-mesure détaille le reste.

Éviter d’en arriver là

Tout ce qui précède fonctionne, mais coûte du temps et de l’énergie. La vraie économie, c’est de ne jamais y arriver. Pour la vente en gros, le paiement à la commande ou un acompte solide réduisent le risque à presque rien : une boutique sérieuse comprend qu’une créatrice indépendante ne fait pas crédit comme un grossiste. Pour le sur-mesure, l’acompte joue le même rôle.

Le socle commun, ce sont des CGV et des factures carrées qui mentionnent le délai de paiement, les pénalités et l’indemnité de 40 euros, plus un suivi régulier de tes encaissements. Une facture propre te protège en justice, et des CGV claires découragent les mauvais payeurs avant même le litige. Tu trouveras les mentions à faire figurer dans notre article sur la facture d’artisan créateur, et l’impact des retards sur ta trésorerie mérite d’être suivi de près.

Le verdict

Ne calque pas ta gestion des impayés sur celle d’un artisan du bâtiment. Ton exposition est plus faible, parce que la vente au détail est payée d’avance, mais elle est concentrée sur trois canaux où tu accordes du crédit sans toujours t’en rendre compte : le gros, le dépôt-vente et le sur-mesure. Encadre ces trois-là avec un acompte, un contrat et des CGV, relance vite et par écrit, et garde l’injonction de payer comme dernier recours. La meilleure gestion des impayés reste celle qui rend l’impayé presque impossible.

Questions fréquentes

Un client peut-il refuser de payer une commande sur-mesure déjà faite ?

Un particulier ne bénéficie pas du droit de rétractation sur un bien confectionné selon ses spécifications. Si la commande est conforme à ce qui a été convenu et signé, il doit la payer. C’est pourquoi un devis signé et un acompte encaissé avant production sont tes deux meilleures protections : ils prouvent l’accord et engagent le client.

Quel délai ai-je pour agir contre un client qui ne paie pas ?

Entre professionnels, une créance commerciale se prescrit par 5 ans. Face à un particulier, l’action d’un professionnel pour un bien ou un service vendu se prescrit plus vite, par 2 ans. Dans les faits, plus tu attends, plus le recouvrement devient difficile : lance ta première relance dès le lendemain de l’échéance et n’attends jamais des mois avant la mise en demeure.

Puis-je facturer des pénalités de retard à une boutique cliente ?

Oui, si la boutique est un professionnel et si tes CGV et ta facture mentionnent le taux de pénalités et l’indemnité forfaitaire de 40 euros. Ces pénalités sont dues dès le lendemain de l’échéance, sans rappel préalable. Sans ces mentions écrites, tu ne peux pas les réclamer, d’où l’intérêt de les intégrer une fois pour toutes à tes documents.

Comment éviter les impayés en dépôt-vente ?

Signe un contrat de dépôt qui fixe un échéancier de reversement et un relevé régulier des ventes. Tes pièces restent ta propriété jusqu’à leur vente, ce qui te permet de réclamer soit le paiement des articles vendus, soit la restitution des invendus. Sans ce cadre écrit, tu dépends du bon vouloir de la boutique.

Photo : Scott Graham sur Unsplash

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