Comptabilité micro-entreprise : le guide de l'artisan créateur
Livre des recettes, registre des achats : ce qu'un artisan créateur en micro doit vraiment tenir. Le cas du fabricant fait-main, clarifié.
Chaque mois de décembre, la même scène se rejoue dans des centaines d’ateliers. Une créatrice ouvre une boîte à chaussures pleine de tickets, un tableur commencé en janvier puis abandonné en mars, et se demande si ce qu’elle a bricolé tiendrait deux minutes face à un contrôle. La bonne nouvelle : en micro-entreprise, la loi te demande beaucoup moins que ce que tu crois. La mauvaise : le peu qu’elle demande, presque personne ne le tient correctement.
En bref : la comptabilité en micro-entreprise se résume à deux registres. Le livre des recettes, obligatoire pour toutes, note chaque encaissement dans l’ordre. Le registre des achats ne concerne que celles qui vendent des biens, et le fabricant fait-main en fait partie. Pas de bilan, pas d’expert-comptable imposé, mais dix ans de justificatifs à garder.
Qu’est-ce que la loi impose vraiment à une micro-entreprise ?
Beaucoup moins qu’à une société. La micro-entreprise bénéficie d’une dispense de comptabilité générale : pas de livre-journal, pas de grand-livre, pas d’écritures comptables au sens classique, pas de bilan ni de compte de résultat, aucune liasse fiscale à envoyer. C’est le sens même du régime, confirmé par Le Coin des Entrepreneurs comme par le cabinet Dougs.
En échange de cette légèreté, tu ne peux pas déduire tes frais réels : l’administration applique un abattement forfaitaire sur ton chiffre d’affaires. Tes obligations tiennent donc en trois blocs : tenir un ou deux registres selon ton activité, respecter les règles de facturation, et conserver tes pièces. Tout le reste, ce sont des bonnes pratiques, pas des obligations. Autant concentrer ton énergie sur ces trois points plutôt que de recopier des schémas de compta d’entreprise qui ne te concernent pas.
Le livre des recettes, le seul registre obligatoire pour toutes
C’est la base commune. Que tu vendes des bijoux, des savons, des illustrations ou des cours de céramique, tu dois tenir un livre des recettes. Il recense tous les encaissements, dans l’ordre chronologique, à la date où l’argent arrive, pas à la date de la facture.
Quelles mentions doit contenir chaque ligne ?
Chaque encaissement se note avec six informations : la date d’encaissement, la référence de la facture de vente, le nom du client (particulier ou professionnel), la nature de la vente ou de la prestation, le montant encaissé et le mode de règlement. Le Coin des Entrepreneurs détaille chacune de ces colonnes. Le support est libre : cahier, feuillets officiels, tableur ou logiciel.
Quelles règles de forme respecter ?
Une fois une ligne inscrite, elle ne doit plus pouvoir être modifiée. Pas de rature, pas de blanc, pas de saut de ligne, pas de case vide. Cette exigence d’inaltérabilité est la raison pour laquelle un tableur ouvert que tu réécris à volonté reste fragile en cas de contrôle : rien ne prouve la date réelle de saisie. Un registre figé, papier ou logiciel, protège bien mieux.
Registre des achats : le vrai piège pour l’artisan créateur
C’est ici que la plupart des créatrices se trompent, et le web n’aide pas. Beaucoup d’articles rangent les artisans dans la case des dispensés, aux côtés des consultants et des graphistes. C’est faux dès que tu fabriques.
Qui est concerné par le registre des achats ?
Le registre des achats est obligatoire pour les micro-entrepreneurs qui vendent des marchandises, objets, fournitures, denrées à emporter ou à consommer sur place, ou qui fournissent un hébergement. La confusion vient d’une lecture rapide : on pense “achat-revente”, donc “je ne revends rien, je fabrique”. Sauf que l’administration vise aussi celles qui achètent des biens pour les transformer avant de les vendre. Le portail public France Num le confirme : dès que ton activité repose sur l’achat de biens revendus en l’état ou transformés avant revente, le registre s’impose.
Une créatrice fait-main doit-elle le tenir ?
Dans l’immense majorité des cas, oui. Si tu achètes des perles, de l’argile, du tissu, du cuir, de la cire ou des flacons pour en faire des produits finis que tu vends, tu es une fabricante qui vend des biens. Tu dois donc tenir les deux registres : le livre des recettes pour tes ventes, et le registre des achats pour tes matières premières et emballages directs. Seules les activités de pure prestation intellectuelle ou de service sans vente de bien, comme donner des ateliers ou vendre des patrons numériques, échappent au registre des achats.
Que note-t-on dans le registre des achats ?
Les mêmes types de mentions que le livre des recettes, mais côté dépenses : date de paiement, référence de la pièce justificative, nom du fournisseur, nature de la dépense, montant et mode de paiement, en distinguant nettement les règlements en espèces. On y inscrit uniquement les achats revendus ou entrant directement dans la fabrication : matières premières, emballages directs. Voici comment se répartissent les obligations selon ce que tu fais.
| Ton activité | Livre des recettes | Registre des achats |
|---|---|---|
| Prestation pure (atelier, cours, fichier numérique) | Oui | Non |
| Fabrication fait-main (bijoux, savons, céramique, couture) | Oui | Oui |
| Achat-revente (chine, revente de créations d’autres) | Oui | Oui |
| Activité mixte (tu fabriques et tu donnes des cours) | Oui | Oui, pour la partie vente de biens |
Compte bancaire dédié : à partir de quand ?
Contrairement à une idée répandue, un compte bancaire n’est pas obligatoire dès le premier euro. Depuis la loi PACTE de 2019, l’obligation d’un compte dédié à l’activité se déclenche quand ton chiffre d’affaires dépasse 10 000 euros pendant deux années civiles consécutives, comme le rappelle la Direction générale des Entreprises. Tu disposes alors de douze mois pour te mettre en règle.
Bonne nouvelle : ce compte n’a pas besoin d’être un compte professionnel payant. Un simple compte courant ouvert au nom de ton activité suffit légalement. En dessous du seuil, rien ne t’y oblige, mais séparer tes flux perso et pro dès le départ te simplifie énormément la tenue de tes registres et tes déclarations. C’est deux minutes de tri en moins chaque semaine, et une frontière nette le jour où l’administration demande à voir tes mouvements.
Combien de temps conserver ses justificatifs ?
Dix ans. Tes factures de vente, tes factures d’achat, tes relevés bancaires, tes notes et tes tickets de caisse pour les petites dépenses doivent être conservés dix ans à compter de leur date d’émission, précise là encore Le Coin des Entrepreneurs. C’est cette pièce qui justifie chaque ligne de tes registres.
Le réflexe qui change tout : classer au fil de l’eau plutôt que de tout entasser pour janvier prochain. Une facture fournisseur photographiée le jour où elle arrive, un ticket rangé dès le retour du salon, et ta compta reste à jour en quelques minutes par semaine. C’est exactement ce que recommande Dougs pour éviter les oublis d’acomptes, les doublons et les saisies tardives qui faussent les comptes. Le stockage numérique est accepté, à condition que les pièces restent lisibles et fidèles.
Ce que tu n’es pas obligée de faire
Autant le savoir pour arrêter de culpabiliser. En micro-entreprise, tu n’as pas à établir de bilan, de compte de résultat ni d’annexe. Tu n’es pas tenue de prendre un expert-comptable : la loi ne l’impose à aucun artisan, et en micro c’est rarement utile tant que tu restes sous les plafonds. Tu n’as pas non plus de comptabilité d’engagement à gérer, puisque tout se raisonne à l’encaissement et au décaissement.
Il y a toutefois un moment où l’avis d’un professionnel devient un vrai gain. Quand tu approches des seuils qui te feraient basculer au régime réel, quand tu mélanges vente de biens et prestations avec des seuils de TVA différents, ou quand tu envisages de passer en société, la question n’est plus de la simple tenue de registres. Là, un expert-comptable ou un avocat te fait éviter des erreurs coûteuses. Pour la gestion courante d’une micro, tu peux rester autonome sans risque.
Comment tenir tout ça sans y passer tes soirées
Le vrai sujet n’est pas la difficulté, c’est la régularité. Deux registres inaltérables, des pièces classées, un compte séparé : rien de sorcier, mais tout se joue dans la constance. Le piège classique, c’est de laisser filer trois mois puis de vouloir tout rattraper en une soirée, avec des tickets illisibles et des encaissements dont tu ne sais plus s’ils venaient d’un marché ou d’une commande en ligne.
C’est là qu’un outil qui relie tes ventes et tes achats te sauve. Quand chaque vente enregistrée alimente ton livre des recettes et chaque achat de matière ton registre, tu n’as plus de double saisie ni de recopie de fin d’année. Geko a justement été pensé pour que le suivi de ton stock et de tes commandes produise au passage les données dont ta compta a besoin. Si tu veux d’abord solidifier tes bases, nos guides sur les mentions obligatoires d’une facture et sur la franchise de TVA complètent bien ce que tu viens de lire.
Le verdict
La comptabilité d’une micro-entreprise n’est pas un monstre administratif, c’est deux registres et une discipline. Le seul vrai point d’attention pour une créatrice fait-main : ne pas se croire dispensée du registre des achats. Dès que tu transformes des matières que tu as achetées, tu vends des biens, et ce registre est pour toi. Tiens tes deux livres au fil de l’eau, garde tout dix ans, ouvre un compte dédié quand tu passes le seuil, et tu es en règle sans expert-comptable. Le reste, c’est du confort, pas de l’obligation.
FAQ
Une micro-entreprise artisanale doit-elle tenir une comptabilité ?
Oui, mais allégée. Elle doit tenir un livre des recettes, y ajouter un registre des achats si elle vend des biens, respecter les règles de facturation et conserver ses pièces dix ans. Elle est en revanche dispensée de bilan, de compte de résultat et de comptabilité générale.
Un artisan créateur en micro doit-il tenir un registre des achats ?
Dans la plupart des cas, oui. Dès qu’il achète des matières premières pour fabriquer des produits qu’il vend, il exerce une vente de biens et doit tenir ce registre, en plus du livre des recettes. Seules les activités de pure prestation, sans vente de bien, en sont dispensées.
Faut-il un expert-comptable en micro-entreprise ?
Non, ce n’est pas obligatoire. La loi n’impose l’expert-comptable à aucun artisan. En micro, la tenue des registres est simple à gérer soi-même. Son aide devient pertinente au moment d’un passage au régime réel, d’une activité mixte complexe ou d’un passage en société.
Combien de temps garder ses factures en micro-entreprise ?
Dix ans à compter de leur date d’émission. Cela vaut pour les factures de vente comme d’achat, les relevés bancaires, les notes et les tickets de caisse. Ces pièces justifient chaque ligne de tes registres en cas de contrôle.
Cet article donne un cadre général et ne remplace pas l’avis d’un expert-comptable ou d’un avocat sur ta situation précise.
Vous voulez voir Geko en vrai ?
Plutôt qu'un long discours, le mieux est encore d'essayer. Trente jours pour faire le point en conditions réelles.
30 jours d'essai gratuit. Sans engagement. Résiliable à tout moment.