Faire l'inventaire de son stock quand on crée à la main
Compter, valoriser, comprendre les écarts : la méthode pour faire l'inventaire de son atelier sans y passer le week-end ni se décourager.
Il y a un moment, souvent en fin d’année ou avant une grosse période de vente, où on ouvre les placards de l’atelier et où on se rend compte qu’on ne sait plus vraiment ce qu’il y a dedans. Des perles achetées en double, une bobine de fil dont on ignorait l’existence, dix bougies parfumées à une senteur qui ne part plus, des cartons qu’on n’a pas rouverts depuis le dernier salon. Faire l’inventaire, c’est remettre de l’ordre dans tout ça : compter physiquement ce que vous avez en atelier, le comparer à ce que vos fichiers annoncent, puis valoriser le tout à son coût réel. L’opération révèle les écarts, les invendus qui dorment et l’argent immobilisé dans vos étagères. La plupart des créatrices la repoussent parce qu’elle paraît fastidieuse, alors qu’une fois cadrée, elle se fait en une demi-journée et change la façon dont on pilote son activité.
L’inventaire, c’est compter ce que vous avez vraiment, pas ce que vous croyez avoir
Un inventaire, c’est le recensement physique et chiffré de tout ce que vous détenez à un instant donné. Chez un artisan, ce stock se divise en trois familles qu’on a intérêt à compter séparément : les matières premières (perles, fils, cire, argile, cuir, parfums), les produits finis prêts à vendre, et les en-cours, ces pièces commencées mais pas terminées. On confond souvent l’inventaire avec le simple fait de « jeter un œil au stock ». La différence, c’est la rigueur : on compte chaque référence, on note la quantité réelle, et on l’écrit. Tant que ce n’est pas écrit, ça n’existe pas. Cette photographie à un instant T sert ensuite de base à tout le reste, de la valorisation comptable à la décision de relancer une commande de matières.
Pourquoi l’inventaire change vraiment quelque chose pour un atelier
Compter son stock, ce n’est pas une corvée administrative de plus, c’est l’un des rares moments où vous voyez votre activité telle qu’elle est. L’inventaire révèle d’abord les écarts entre le théorique et le réel : la casse jamais déclarée, les pièces offertes en marché, les erreurs de saisie. Il met aussi un chiffre sur l’argent qui dort. Chaque mètre de tissu et chaque flacon de parfum non utilisé, c’est de la trésorerie immobilisée qui ne travaille pas. En faisant l’inventaire, beaucoup de créatrices découvrent qu’elles ont plusieurs centaines d’euros bloqués dans des matières achetées « parce que c’était en promotion » et jamais transformées. Enfin, un stock juste permet de fixer des prix justes et d’éviter de vendre une pièce dont vous n’avez plus les composants. C’est le socle d’un suivi de stock de matières premières qui tient sur la durée.
À quelle fréquence faut-il faire son inventaire ?
La fréquence dépend de votre statut et de votre volume. Sur le plan légal, l’article L123-12 du Code de commerce impose aux commerçants et aux sociétés de contrôler par inventaire, au moins une fois tous les douze mois, l’existence et la valeur de leur stock. Les micro-entrepreneurs en sont dispensés, puisqu’ils n’établissent pas de comptes annuels : pour eux, l’inventaire reste vivement conseillé pour la gestion, mais il n’est pas obligatoire. Au-delà de l’obligation, deux logiques coexistent. L’inventaire annuel complet fige toute l’activité une fois par an pour tout recompter. L’inventaire tournant, lui, étale l’effort sur l’année en comptant une zone ou une famille de produits à la fois. Pour un atelier qui tourne, le tournant est souvent plus tenable, car il évite la grosse journée éprouvante de décembre et garde les chiffres frais en continu.
| Critère | Inventaire annuel complet | Inventaire tournant |
|---|---|---|
| Rythme | Une fois par an | Par zone, tout au long de l’année |
| Charge ressentie | Lourde, concentrée | Légère, répartie |
| Activité pendant le comptage | À l’arrêt | Maintenue |
| Idéal pour | Clôture comptable, petit stock | Référencement nombreux, vente continue |
| Risque | Erreurs de fatigue | Oublier de boucler le cycle |
La méthode pas à pas pour compter sans se noyer
La clé d’un inventaire qui ne vire pas au cauchemar, c’est la préparation. Avant de compter quoi que ce soit, rangez et regroupez les références identiques au même endroit, sinon vous compterez deux fois la même chose à deux endroits différents. Choisissez un moment où l’activité est calme et figez les mouvements : pas d’expédition ni de réassort pendant que vous comptez, sous peine de fausser les chiffres. Avancez ensuite zone par zone, dans un ordre fixe, sans sauter d’une étagère à l’autre. Pour les références sensibles ou de forte valeur, comptez deux fois plutôt qu’une. Notez tout au fur et à mesure, sur une feuille ou un outil, avec la référence, la quantité réelle et l’emplacement. La règle qui sauve : on note ce qu’on voit, pas ce qu’on pense devoir trouver. Si le chiffre vous surprend, c’est précisément l’information que l’inventaire est censé vous donner.
Valoriser son stock : compter ne suffit pas
Une fois les quantités posées, il reste l’étape que beaucoup oublient : mettre une valeur en face. Et là, une erreur revient sans cesse, valoriser au prix de vente. Comptablement comme en gestion, le stock se valorise au coût de revient, c’est-à-dire ce que la pièce ou la matière vous a coûté, pas ce que vous espérez en tirer. Une bague qui se vend 45 euros mais dont l’argent et les apprêts vous ont coûté 12 euros entre en stock pour 12 euros. Valoriser au prix de vente gonflerait artificiellement votre stock et fausserait votre marge. Pour les produits finis, ce coût inclut les matières mais aussi, idéalement, une part de votre temps de fabrication. C’est tout l’enjeu du calcul du coût de revient : sans lui, l’inventaire reste une liste de quantités sans portée financière. Une fois valorisé, votre stock devient un vrai chiffre, celui de l’argent que vous avez transformé en matière et en pièces.
Que faire des écarts une fois l’inventaire terminé ?
L’inventaire ne sert à rien si on referme le placard sans rien décider. Le réel ne colle presque jamais au théorique, et c’est normal. Un écart négatif, vous avez moins que prévu, s’explique souvent par de la casse non déclarée, des pièces offertes, des chutes de matière, parfois une erreur de saisie ou un vol en boutique. Un écart positif, vous avez plus que prévu, vient en général d’achats jamais enregistrés ou de retours remis en stock sans note. Pour chaque écart notable, posez-vous une seule question : d’où vient-il, et comment l’éviter la prochaine fois. C’est aussi le moment de repérer les dormants, ces références qui n’ont pas bougé depuis des mois et qu’il vaut mieux déstocker, transformer ou solder plutôt que de continuer à les stocker. Croisé avec vos indicateurs de gestion, l’inventaire vous dit non seulement ce que vous avez, mais ce qui mérite de rester.
L’inventaire, point de départ d’un vrai pilotage
Fait une fois, l’inventaire est une photo. Fait régulièrement et tenu à jour, il devient une boussole. L’objectif, à terme, n’est pas de tout recompter chaque trimestre à la main, mais d’avoir un stock qui reste juste au quotidien parce que chaque achat de matière et chaque vente le mettent à jour automatiquement. C’est exactement ce que permet un suivi outillé : vous saisissez vos entrées et vos sorties au fil de l’eau, et l’inventaire annuel ne sert plus qu’à vérifier que le théorique colle au réel, au lieu de tout reconstruire de zéro. C’est précisément le rôle des fonctionnalités de gestion de stock de Geko, pensées pour des ateliers qui n’ont ni le temps ni l’envie de tenir un tableur à rallonge. Le premier inventaire reste un peu de travail. Les suivants, eux, ne sont plus qu’une formalité.
Questions fréquentes
Un micro-entrepreneur doit-il faire un inventaire ?
Légalement, non. Les micro-entrepreneurs sont dispensés de l’obligation d’inventaire annuel prévue à l’article L123-12 du Code de commerce, car ils n’établissent pas de comptes annuels. En gestion, c’est une autre histoire : sans inventaire, impossible de savoir combien de trésorerie dort dans vos étagères ni d’anticiper vos ruptures. Le faire au moins une fois par an reste une bonne habitude, même sans obligation.
Combien de temps faut-il pour faire son inventaire ?
Tout dépend du nombre de références et de votre préparation. Un atelier bien rangé, avec des matières regroupées, peut boucler un inventaire complet en une demi-journée. Un stock dispersé et jamais trié peut facilement prendre deux jours. La préparation, c’est-à-dire ranger et regrouper avant de compter, est ce qui fait le plus gros de la différence sur le temps passé.
Faut-il compter aussi les matières premières et les en-cours ?
Oui, et séparément. Les matières premières représentent souvent la plus grosse part de la trésorerie immobilisée d’un atelier, c’est donc la famille à ne surtout pas négliger. Les en-cours, ces pièces commencées mais pas finies, comptent aussi, même si on les valorise à leur niveau d’avancement. Ne compter que les produits finis donne une vision très incomplète de votre stock réel.
À quelle valeur enregistrer une pièce en stock ?
Au coût de revient, jamais au prix de vente. Une pièce entre en stock pour ce qu’elle vous a coûté à produire, matières et part de temps de fabrication, pas pour ce que vous espérez en tirer. Valoriser au prix de vente gonfle artificiellement votre stock et fausse votre marge. C’est l’une des erreurs les plus fréquentes, et l’une des plus simples à corriger une fois qu’on a son coût de revient.
Photo : S O C I A L . C U T sur Unsplash
Vous voulez voir Geko en vrai ?
Plutôt qu'un long discours, le mieux est encore d'essayer. Trente jours pour faire le point en conditions réelles.
30 jours d'essai gratuit. Sans engagement. Résiliable à tout moment.